Pendant des années, le concept de « China+1 » était relativement simple : conserver la Chine au cœur de la chaîne d’approvisionnement, tout en ajoutant un autre pays comme solution de repli.
En 2026, cette formule est en train d’évoluer. Pour un nombre croissant de multinationales, l’Inde n’est plus seulement une usine de secours ou un centre offshore à bas coûts. Elle devient une deuxième base stratégique pour la fabrication électronique, l’ingénierie, les centres de services et de capacités mondiales (GCC), les semi-conducteurs et des activités industrielles de plus en plus sophistiquées.
Alors que la diversification figurait déjà à l’ordre du jour des directions générales, les tensions commerciales ont accéléré le calendrier. Avec le maintien de droits de douane américains élevés, les droits relevant de la Section 301 et les tensions géopolitiques persistantes autour des produits électroniques chinois, l’écart de droits de douane entre les produits assemblés en Chine et ceux assemblés en Inde a rendu la diversification particulièrement attractive sur le plan stratégique.
La réorganisation de la chaîne d'approvisionnement d'Apple reste l'exemple le plus parlant :
► Au-delà des téléphones. Le programme d’incitation lié à la production (PLI), initialement axé sur l’électronique, s’est étendu aux produits pharmaceutiques, aux composants automobiles, aux textiles et à l’acier spécialisé — un mécanisme que la plupart des entreprises invoquent pour expliquer pourquoi elles choisissent l’Inde plutôt que le Vietnam ou le Mexique. La plupart des secteurs manufacturiers autorisent désormais une participation étrangère à 100 % par la voie automatique, avec des procédures accélérées pour l’acquisition de terrains, l’obtention de permis et l’aide au recrutement, destinées spécifiquement aux entreprises qui délocalisent depuis la Chine.
► Les semi-conducteurs : le tout dernier pilier. À la mi-2026, 13 projets liés aux semi-conducteurs, répartis dans sept États, ont été approuvés dans le cadre de la « Mission indienne pour les semi-conducteurs », avec un investissement cumulé supérieur à ₹1,6 lakh crore (~19 milliards de dollars). Bien que l’Inde ne soit pas en concurrence avec Taïwan, l’assemblage et les tests de silicium « d’origine indienne » (OSAT/ATMP) constituent désormais un élément concret des appels d’offres mondiaux en matière de matériel.
► Informatique et services: du centre de coûts au centre de commande : les centres de compétences mondiaux (GCC), ces entités offshore détenues à 100 % par lesquelles les multinationales gèrent désormais leurs activités technologiques, financières et d’ingénierie de base, et non plus seulement leurs services administratifs. L’Inde compte désormais 2 117 centres de compétences mondiaux employant 2,36 millions de professionnels et générant 98,4 milliards de dollars de chiffre d’affaires, selon le rapport « Nasscom-Zinnov India GCC Landscape » de 2026.
Cette tendance ne se limite pas aux géants américains de la tech. La stratégie des entreprises françaises illustre clairement comment les entreprises européennes s’implantent en Inde dans les secteurs de la technologie, de l’industrie manufacturière et de l’aérospatiale.
Lors d’un sommet franco-indien organisé à Nice en juin 2026, le ministre du Commerce, Piyush Goyal, a directement invité les entreprises françaises à investir, concevoir et fabriquer en Inde, les deux gouvernements ayant pour objectif de « doubler les échanges bilatéraux », qui s’élèvent à environ 15,8 milliards de dollars, d’ici cinq ans. Près de 1 000 entreprises françaises opèrent déjà en Inde, soutenues par des investissements directs étrangers (IDE) cumulés de près de 12,25 milliards de dollars depuis 2000.
Rien de tout cela ne fait de l'Inde « la prochaine Chine », et la plupart des observateurs avertis le disent clairement.
Ce qui différencie l’année 2026 des discussions sur la stratégie « Chine+1 » menées entre 2020 et 2023, c’est que cette réorientation a cessé d’être purement théorique. « Choisir l’Inde » n’est plus une simple stratégie de diversification, mais est devenu une stratégie phare pour une part significative des investissements mondiaux dans l’industrie et les services.
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